Enfants privés de liberté - Cameroun
Projet de recherche action pour l’application des droits fondamentaux des enfants privés de liberté, des enfants accompagnant leur mère en détention et des enfants en rupture familiale à Mokolo.
Par manque d’infrastructures, ces enfants nés en prison dans le nord du Cameroun sont privés du minimum d’hygiène, de soins médicaux et d’une alimentation adaptée. Leur vie et leur santé sont menacées. Dans cet environnement carcéral angoissant et sans stimulation, ces enfants ne peuvent pas se développer.
Contexte
Général
L’Extrême-Nord est la province la plus peuplée et Cameroun et en même temps une des plus pauvre. L’environnement y est assez hostile en raison d’une sécheresse endémique. La population augmente rapidement et il n’y a plus de terres libres pour les cultures alors que cette région est encore très rurale et agricole. Les terres sont surexploitées et la famine récurrente. Les trois principales villes : Maroua, Mokolo et Mora connaissent de ce fait un fort mouvement migratoire.
Les traditions sont encore prégnantes et marquées par des fêtes vivantes. Le brassage ethnique, du fait des importants flux migratoires observés, se fait peu à peu. Le taux de scolarisation des enfants est inférieur à la moyenne nationale et les effectifs dépassent parfois 180 enfants par classe dans les écoles publiques. L’analphabétisme des femmes avoisine les 90%. Un tiers des filles est marié avant 18 ans. Ces mariages sont souvent arrangés, voire forcés.
Spécifique
Dans les 27 prisons qui existent au Cameroun, il n’y a pas de séparation des mineurs des détenus adultes en dehors de Yaoundé. Les conditions de détention sont la plus part du temps intolérables en raison de la vétusté des infrastructures et d’une surpopulation carcérale impliquant la promiscuité et l’exploitation des plus faibles. Selon le rapport UNICEF 2009, on compte 800 à 1.000 enfants en détention préventive au Cameroun. Parmi eux, 80 à 85 % n’ont été ni présentés à la barre, ni condamnés. La ration alimentaire accordée aux prisonniers est insuffisante et de qualité médiocre.
A Mokolo, un marché s’est organisé à l’intérieur de la prison. Celle-ci a été bâtie par le colonisateur et prévue pour un maximum de 300 détenus. Actuellement, elle en compte 400. Le nombre de détenus mineurs se situe en moyenne autour de 20 garçons. On y trouve des enfants d’à peine 10 ans. Cette situation s’explique par le fait que les professionnels de la loi ne connaissent pas suffisamment la législation applicable aux mineurs et les normes internationales. Les enfants restent « prévenus » bien au-delà du délai légal et quand ils sont libérés, rien n’est fait pour accompagner leur réinsertion. Souvent, du fait de familles disloquées ou en migration, ils ne savent où aller. Ils viennent grossir le nombre d’enfants de la rue zonant au marché et à l’abattoir.
Les femmes et mères avec enfants sont installées dans un couloir spécial. Mais la précarité de leurs conditions de garde pose problème pour elles-mêmes mais encore plus pour les enfants en bas âge qui demeurent avec elles en détention. Le milieu ne se prête pas du tout à un bon développement physique, psychoaffectif et intellectuel de ces nourrissons ou jeunes enfants.
Quelques initiatives caritatives de l’Eglise de Mokolo apportent un appui aux prisonniers dans les domaines de l’habillement, l’hygiène, les soins et l’alphabétisation.
Pour un changement en profondeur et durable, l’exécution d’un programme d’application d’une justice respectueuse des droits fondamentaux des enfants s’avère nécessaire. Kinderrechte Afrika e.V (KiRA) et la cellule locale de la Commission Diocésaine de Justice et Paix de Mokolo, en concertation avec le Frère Gérard Vincent se proposent d’exécuter une phase préliminaire « recherche / action » pour répondre aux défis les plus urgents et bâtir les fondements d’un programme plus ambitieux (cf. en annexe la présentation de KiRA et la fiche de positionnement de KiRA. pour les actions à entreprendre pour ce groupe cible).
Description
Période : 1 an (phase préliminaire) à compter du 1er mars 2011
Lieux d’intervention : Mokolo (région Extrême Nord)
Mise en œuvre : ALDEPA Maroua (Action Locale pour un Développement Participatif et Autogéré)
Objectifs opérationnels : Apporter une amélioration substantielle et immédiate des conditions de détention des mineursPrévenir la délinquance juvénile par un appui aux enfants en rupture familialeCréer un climat de confiance entre les intervenants et les principaux acteurs de la justice juvénile et de protection de l’enfance (services de police, services de justice, services pénitentiaires)Elaborer avec les acteurs de la justice juvénile un programme qui permettra de mettre en œuvre une justice juvénile respectueuse des droits des enfants
Groupes cibles :
Bénéficiaires directs
- ± 60 mineurs arrêtés au niveau des postes de police et de gendarmerie± 40 mineurs déférés au niveau du tribunal et envoyé en prison± 50 enfants dans la rue
- ± 12 mères et leurs enfants en bas âge
- ± 8 gardiens de prison
- 2 travailleurs sociaux
- ± 8 officiers de police judiciaire et gendarmes
- 2 magistrats
Bénéficiaires indirects
- L’administration pénitentiaire
- Les services de police, de justice et de protection de l’enfance
- Les familles des mineurs et femmes privés de liberté
Activités principales :
- Amélioration des conditions de détention
- Prévention de la délinquance juvénile, appui aux enfants en rupture familiale
- Formation des surveillants et assistants sociaux intervenants en prison
- Formation des juges et des policiersAssistance juridique aux mineurs arrêtés et placés en détention
- Plaidoyer auprès des autorités et sensibilisation de la communauté
Partenaires financiers : Haas Stiftung, Afrikafond, Fondation W. Oberle, Hungermarsch Schwetzingen, Kinderrechte Afrika e.V.
