Enfants dits "sorciers" - R.D. Congo
Situation de départ
Les enfants dits sorciers sont arrêtés au niveau des commissariats de police, en R. D. Congo, pour vagabondage. Ces enfants sont chassés de leur famille, après avoir subit des pratiques d’exorcisme traumatisantes dans une « église de réveil », parce qu’accusés d’avoir provoqué la mort d’un proche ou d’autres malheurs survenant à la famille.
Ces accusations sont fondées sur d’anciennes croyances magico-religieuses, mais trouvent, en réalité, leurs racines dans l’extrême pauvreté des ménages suite à la crise et à la guerre. La plupart de ces enfants sont orphelins d’au moins l’un des deux parents et confiés à un membre de la famille élargie. La famille n’arrive plus à subvenir aux besoins de ses nombreux membres, alors tout prétexte est bon pour le chasser s’il commence à poser problème. L’accuser de sorcellerie, c’est ne pas risquer l’opprobre des voisins. Chacun la craint.
Ces enfants se retrouvent à la rue comme les Shégués. Ce n’est qu’après les avoir écoutés ou s’ils portent des séquelles de pratiques d’exorcisme qu’on les différencie des autres. Ils sont également plus craintifs, perdus, traumatisés.
Les principaux résultats
- Sensibilisation des communautés dans les églises, et par voie des ondes (radios de proximité)
- Accueil de ces enfants au niveau des centres d'accueil
- Soins et appui psychosocial apportés à ces enfants
- Education de base, formation professionnelle, réinsertion scolaire, appui en activités génératrices de revenus
- Réinsertion familiale : trop peu de résultats à ce niveau, les familles refusent de reprendre l’enfant, la peur ou la méfiance subsistent
Photos
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Histoire de vie
Hortense raconte
« Je suis née à Kinshasa mais je ne connais pas mon âge. Je suis cadette d’une
famille de trois enfants. J’ai abandonné les études très tôt par manque de soutien. Néanmoins, je vivais bien avec mes parents, qui s’efforçaient de nous trouver de quoi manger chaque jour. Peu après le début de la guerre, mon père est tombé malade. Avec les petits moyens dont disposait la famille, on n’a pas réussi à le sauver. La mort l’a emporté.
Je suis restée avec ma mère et ma tante. Les soucis ont rongé ma mère, jusqu’à l’entraîner à la mort. C’est à partir de ce moment que commenca mon calvaire. Ma tante m’amena avec elle ; elle avait 3 enfants aussi. Une nuit, ma tante a eu un songe lui indiquant que je la menaçais ! Elle a révélé le songe au prophète d’une église de réveil qu’elle fréquente. Ce dernier a confirmé que j’étais sorcière. De retour à la maison, ma tante m’a fait part de son songe et de la sentence de son « prophète ». Depuis ce jour, j’ai été l’objet d’injures et de brutalités physiques. Quelque fois, on me privait de nourriture. Malgré toutes ces violences, je n’ai jamais accepté cette fausse accusation. Pour en finir une fois pour toutes, ma tante me chassa de la maison. Je suis allée dans la rue, un milieu nouveau pour moi.
Je passe la nuit dans une maison inachevée avec d’autres filles de la rue. Par moment, nous subissons des violences de la part des garçons : insultes, viol, vol de nos biens. Pour survivre, je travaille durement de huit heures à dix-huit heures en vendant de la chikwange (préparation à base de maïs) par une connaissance à ma grande sœur. C’est un travail pénible dont le maigre revenu me permet au moins de manger quelque chose… »






