Côte d'Ivoire: jeunes filles domestiques


Projet d’appui à l’application des droits fondamentaux des jeunes filles domestiques d’Abidjan
(projet terminé depuis juin 2010).

Fiche signalétique

Pays : Côte d’Ivoire
Ville : Abidjan (communes de Yopougon, Adjamé, Koumassi, Cocody, Marcory)
Bénéficiaires :
- Petites et jeunes filles domestiques exerçant leur activité au domicile de l’employeur, dans les maquis (restaurants traditionnels), dans la rue au profit de l’employeur (petites vendeuses)
- Intervenants, agences de placement, employeurs, autorités, législateur, médias, grand public

Partenaires financiers : Journée Mondiale de Prière des Femmes, Kindermissionswerk Aachen
Période : Juillet 2006 - Juin 2010

Situation de départ

Il est de tradition, dans tous les ménages et tous les milieux, à Abidjan de faire appel aux services d’une jeune fille pour seconder la maîtresse de maison dans les tâches domestiques. Ces filles sont âgées de 8 à 20 ans. Elles travaillent 12 à 14h par jour, sans jour de repos ou de congé pour un salaire ne leur permettant même pas de subvenir à leurs besoins primaires. Beaucoup de personnes les traitent comme de simples subalternes assimilées à des esclaves. Elles subissent des injures ou des insanités de tout ordre. Les petites bonnes subissent parfois aussi des violences corporelles, voire des abus sexuels chez leur employeur. Et lorsqu’une patronne veut se débarrasser de son employée sans la payer, elle l’accuse de vol.
Elle échoue alors immanquablement en prison car sa parole ou ses protestations ne sont pas prises en compte.

Ces filles originaires de la campagne sont placées par des intermédiaires qui prennent une partie de leurs gages. Les plus jeunes sont les plus prisées parce que plus malléables et moins chères. Des « tanties » partent les recruter au village, promettant à leurs parents un avenir meilleur pour elles à la ville, une éducation, moyennant leur aide au niveau des tâches ménagères. Arrivé en ville, la réalité s’avère tout autre pour ces filles…

La dignité des petites bonnes n’est pas respectée, chaque jour est une vraie souffrance pour elles. Face à ce drame, le BICE n’a pas choisi une position abolitionniste. Les deux parties ont besoin de ce travail ; il a donc pris une position protectionniste concernant les jeunes filles domestiques de plus de 15 ans afin que leur droits fondamentaux soient respecté, tout en luttant contre l’emploi des filles de moins de 15 ans.

Objectifs

Elfenbeinküste

Principales activités

Elfenbeinküste


Principaux résultats 2007-2009


Photos

Pouvoir être inscrite à des cours, un espoir de promotion pour de nombreuses filles domestiques précocement déscolarisées ou même souvent analphabètes.

Une animatrice du projet explique aux jeunes filles domestiques quels sont leurs droits et leurs devoirs.

Enfin à son compte : une jeune fille domestique exploitée devient coiffeuse.

Les maltraitances ne connaissent pas de limites, les pieds de cette fillette ont été brûlés avec des braises.


Histoires de vie

G.M., la main brulée avec du charbon chaud
G.M. a 09 ans et elle vivait avec ses parents en Guinée. Son père se nomme GB et sa mère S. Elle est arrivée en Côte d’Ivoire (Abidjan) par l’intermédiaire de la dame DC avec qui elle vit à Yopougon. Cette dernière est allée la chercher en Guinée pour venir faire d’elle une petite servante et vendeuse de banane ambulante.

« Ma patronne m’a accusée d’avoir volé le lait de son bébé pour laper; pour ce fait elle a chauffé un caillou au feu et l’a posé dans ma paume qu’elle a pris soin de resserrer avec un chiffon m’empêchant de jeter l’objet chaud de ma paume. Et aujourd’hui j’ai toute ma paume arrachée ne pouvant en faire usage. »

L’auteur de cet acte odieux a été arrêté et l’enfant conduit au centre Sauvetage du partenaire de Kinderrechte Afrika. Immédiatement, l’enfant a été emmenée au centre des grands brûlés où elle a bénéficié de soins médicaux adéquats pour une guérison rapide. G.M. est toujours au Centre Sauvetage où elle bénéficie d’une prise en charge sociale, psychologique et affective. La plaie est totalement guérie mais elle suit encore des soins de rééducation pour pouvoir retrouver l’usage normal de sa main.


D.N. - Tailladée avec une paire des ciseaux
"Je me nomme D.N. et j’ai 13 ans. Pendant la guerre mes parents ont fui leur domicile en zone assiégée pour venir au village maternel en zone libre. Lorsqu’il y a eu une accalmie, ils ont préféré me laisser auprès de la sœur de ma mère pour que je continue de fréquenter l’école primaire car j’étais en classe de CE1. Eux, ils sont retournés à leur domicile.
Ma tante m’a remise à une de ses amies commerçantes. Cette dame S.C., mère d’une fille de 22 ans, faisait le voyage du village à la ville et vis versa et ce dans le cadre de ses activités commerciales. Ma tante m’a informée que cette femme m’inscrirait dans une bonne école primaire et je pourrais continuer mes études primaires : j’avais 07 ans à ce moment là. Une fois en ville, je n’ai pas été inscrite à l’école ; j’ai été transformée en une véritable servante.

Je faisais tout le ménage de la maison. Je partais vendre au marché avec elle dans son magasin. Je vendais du riz local, des pagnes etc. Dans la maison, je n’avais pas le droit de m’asseoir au salon pour regarder la télé, je n’avais pas le droit de me coucher dans la chambre des enfants, je n’avais pas le droit d’utiliser les salles de toilette. Nous habitons dans un immeuble. Comme je n’avais pas le droit de ranger mes bagages dans la chambre des enfants, je les rangeais sur la dalle de l’immeuble dans un petit endroit. Je me lavais sur la dalle et je me couchais au balcon. J’étais marginalisée par tout le monde dans la maison comme une personne inutile.

A ma grande damnation, bien que tout le monde était présent dans la maison, j’ai été tailladée avec une paire de ciseaux par cette dame pour être sortie de sa maison sans autorisation. L’intervention de la police et du Bice (le partenaire de Kinderrechte Afrika en Côte d'Ivoire) m’a permis aujourd’hui de sortir de ces conditions de vie très difficiles, de retrouver la joie de vivre et de revoir ma famille après 5 ans de calvaire. Je n’ai jamais reçu de salaire !"

La patronne de D.N. a été arrêtée par le commissariat et déférée au parquet de Yopougon ; la demande d’intervention et de constitution de partie civile de Kinderrechte Afrika adressée au Tribunal a été accordée. La patronne a été condamnée à 2 mois d’emprisonnement ferme et au paiement de 600 000 FCFA à titre de dommages et intérêts à Kinderrechte Afrika pour le compte de la jeune fille. Le mari de la Dame a commencé à verser les dommages et intérêts, à l’heure actuelle 230.000 FCFA ont été versé pour cet enfant.


L’histoire de Fatou
Fatou a passé 9 mois en prison à Abidjan, parce qu’elle était victime d’une erreur
judiciaire. Elle a été arrêtée sur la base d’un mensonge d’une artiste célèbre, pour qui il était très facile d’avoir l’écoute de la police et de la justice. Aucune déposition de Fatou n’a été demandée.

Le destin de Fatou est typique de celui d’une jeune fille domestique, bonne à tout faire, confrontée à l’arbitraire de son employeur, travaillant sans interruption d’arrache pied pour un salaire en nature ! Lorsqu’elle devient « gênante », parce qu’elle exige ses droits ou n’accepte pas de se soumettre aux désirs sexuels du maître de maison, lorsque la famille se lasse de sa bonne, s’en suit la dénonciation à la police, l’accusation de vol... Comme dans le cas de Fatou, accusée d’avoir volé 23 kg (! !) de bijoux à la chanteuse, un acte irréaliste et impensable pour cette jeune fille naïve, originaire d’un petit village.

Dans les discussions avec le psychologue et l’avocat du BICE, Fatou clamait toujours son innocence. Mais accuser Fatou et la faire emprisonner, c’était bien calculé : une solution bien facile pour se débarrasser d’une aide ménagère encombrante en évitant le scandale. De nombreuses négociations de l’animateur et de l’avocat du BICE ont été nécessaires pour faire justice dans ce cas et appliquer le droit.

Amélé raconte
« Je m’appelle Amélé. J’ai 17 ans. J’étais au village au CE1, quand je montais au CE2, une cousine est venue m’amener à Abidjan. Je l’aidais dans son petit commerce de haricots, mais je ne fréquentais plus l’école. Je faisais tout à la maison. Après 2 ans de vie dure, j’ai dû la menacer de fuir pour rentrer au pays. Ceci parce qu’il y a eu une perte d’argent organisée par le fils de son époux et qu’on m’a fait endosser. Pendant plusieurs jours, j’étais victime de bastonnade, de privation de nourriture. Ma menace lui a fait peur et elle m’a ramenée au village. Je suis restée 8 mois sans rien faire quand j’ai appris que le BICE pouvait m’aider pour un apprentissage. J’ai alors été inscrite et j’ai commencé à apprendre la coiffure et tresse. Mes parents n’avaient pas les moyens de me faire faire cela. Je remercie le BICE pour cette aide. Je vais bien travailler pour réussir mon apprentissage, car beaucoup de mes sœurs sont dans la même situation et n’ont pratiquement aucun espoir pour leur avenir. J’aurai la responsabilité de gagner ma vie et d’avoir de meilleures conditions de vie que ma mère ; je pourrai ainsi venir en aide à mes
petits frères et sœurs pour décharger mes parents. »

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