Protection contre les abus sexuels
Projet régional Bénin-Cameroun
« Création d’un environnement protecteur pour la prévention des abus sexuels et/ou de la traite des enfants à des fins d’exploitation sexuelle au Bénin et au Cameroun et la réhabilitation des victimes, notamment les filles ».
Bénin : Cotonou, départements de l’Ouémé au Sud-Est et de la Donga centre-nord du Bénin
Cameroun : provinces de l’Ouest, du Centre comprenant Yaounde, du Nord et de l’Extrême Nord
Durée du projet : 36 mois
Contexte
Problématique
Avec un IDH de 0,49 pour le Bénin et de 0,52 pour le Cameroun, ces deux pays se situent parmi les plus pauvres de la planète. En matière d’abus et d’exploitation sexuelle, les situations rencontrées, présentent de nombreuses analogies. Selon une étude commanditée en 2006 par le Ministère de la Famille et de la Solidarité Nationale du Bénin, 40 317 enfants de 6 à 17 ans et 161 428 selon une autre réalisée en 2007 par le Bureau International du Travail seraient victimes de traite. Ils sont issus de parents économiquement pauvres. Parmi eux, de nombreuses filles qui sont alors victimes d’abus sexuels ou parfois même exploitées sexuellement.
Au Cameroun, une étude commanditée par CIPCRE en décembre 2008 sur l’ensemble du territoire camerounais, a estimé à plus de 4000 le nombre d’enfants victimes de traite à des fins d’exploitation sexuelle. Cette exploitation se fait principalement dans les gargotes et bars, au alentours de grands hôtels et d’établissements scolaires (notes sexuellement transmissibles), les coins de rue de certains axes fréquentés.
Le rapport de la pré-enquête sur « Enfance trafiquée, enfance prostituée » réalisée en 2004, a montré l’existence de deux formes de prostitution des mineurs, notamment à Cotonou : la prostitution qui découle de l’exploitation sexuelle comme par exemple dans les grands parcs d’autos d’occasion destinées à la vente dans la sous-région et les abus liés au phénomène de placement d’enfants. Dans la plupart des cas, ce sont des enfants placés (ou confiés) dans des ménages en ville.
Il existe un lien entre la traite des enfants et le système de placement des enfants dans les villes. Parfois de bonne foi, les parents confient leurs enfants dans l’espoir qu’ils iront à l’école ou qu’ils vont apprendre un métier mais de nos jours c’est beaucoup plus pour des raisons économiques. Les enfants les plus concernés sont les petites filles adolescentes dont l’âge varie entre 6 et 15 ans ; elles sont soit non scolarisées ou déscolarisées. Sur le plan de la cellule familiale, plusieurs facteurs favorisent le départ des filles vers des ménages urbains. Ce sont entre autres, le décès des parents biologiques, le divorce, l’absence prolongée d’un parent du foyer conjugal, la pauvreté et parfois l’irresponsabilité. A ce phénomène, il faut rajouter celui du mariage forcé ou précoce, coutume qui persiste encore largement en milieu rural. Ces mariages arrangés n’arrangent que leurs prescripteurs (les parents) et leurs consommateurs. Certaines de ces filles fuient mais par craintes des représailles, elles se rendent en ville et tombent facilement dans les circuits de l’exploitation sexuelle.
De plus, l’accès des filles et des femmes à leurs droits fondamentaux reste très limité et favorise une telle exploitation : sous scolarisation des filles, retrait de l’école souvent dès la 3ème année primaire, persistance des pratiques du lévirat et du sororat, non accès des femmes aux terres et à l’héritage.
Problèmes spécifiques traités par le projet
a) le silence autour du phénomène: L’un des facteurs aggravant de l’exploitation sexuelle des enfants au Bénin et Cameroun est le silence autour des questions en lien avec le sexe. Les gens et surtout les victimes et leurs proches ont du mal à en parler par peur d’être stigmatisés par le reste de la communauté, le sexe restant un sujet tabou.
b) Le déni ou l’ignorance des droits des enfants : la culture du respect des droits de l’homme et en particulier ceux des enfants reste encore à promouvoir au Bénin et au Cameroun. En raison d’une pauvreté chronique et au nom de pratiques coutumières, les enfants sont placés en ville où ils sont exploités dans les maisons et dans les rues par des personnes sans scrupules qui ne cherchent qu’à satisfaire leurs besoins personnels. Les enfants subissent ainsi des violences physiques et psychologiques, avec des traumatismes souvent irréversibles.
c) L’insuffisance des instruments juridiques et institutionnels de protection des droits de des enfants surtout contre l’exploitation sexuelle et domestique: Bien que des textes existent au Bénin et au Cameroun pour la protection de l’enfance, ceux contre l’exploitation sexuelle et domestique sont, soient insuffisants, soient inadaptés, ou pas appliqués et ne protègent pas effectivement les enfants.
d) L’insuffisance et l’inadaptation des mécanismes d’accompagnement des enfants victimes de l’exploitation sexuelle et domestique : certains enfants qui ont été victimes sont abandonnés à leur sort et parfois stigmatisées par le reste de la communauté, ceci à cause de l’insuffisance des structures et mécanismes d’accompagnement. Les efforts des Gouvernements restent insuffisants ; et en dépit de ceux des organisations internationales et d’autres acteurs de la société civile, beaucoup reste encore à faire pour faciliter la réhabilitation et la réinsertion des enfants victimes d’exploitation.
Groupes cibles
Leaders d’associations.
Les chefs traditionnels
lLes autorités religieuses
les pasteurs, les prêtres et les imams
Les autorités politiques et administratives
Les juges et autres magistrats, les policiers
Les enfants victimes de l’exploitation sexuelle et domestique
Les enfants des régions et départements cibles, estimés à 800 0000 environ seront mieux informés et capables de se protéger.
Objectifs
Objectif global : Renforcer l’environnement protecteur des enfants et notamment des filles à risque ou victimes d’abus et/ou d’exploitation sexuelle.
Objectifs spécifiques
(1) Compléter l’état des lieux en réalisant des recherches sur la situation d’abus des filles dans les lieux ciblés par le projet pour lesquels de telles enquêtes ne sont pas encore disponibles.
(2) Briser le silence autour des questions de la traite des enfants à des fins d’exploitation sexuelle et domestique, sur les abus commis à l’encontre des filles ;
(3) Susciter de la part des décideurs politiques le renforcement du cadre juridique et institutionnel de prévention et de protection des droits des enfants et le faire appliquer ;
(4) Créer ou améliorer les mécanismes de protection, d’accompagnement des filles victimes de la traite à des fins d’exploitation domestique et sexuelle et autres abus.